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ʿAbd al-Ḥamīd ibn Bādīs

ʿAbd al-Ḥamīd ibn Bādīs

Savant
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Biographie

**ʿAbd al-Ḥamīd ibn Bādīs (1889–1940)** fut l'une des grandes figures religieuses et intellectuelles de l'Algérie du XXᵉ siècle. Savant, enseignant, exégète et réformateur, il consacra sa vie à l'enseignement du Coran, de la langue arabe et des sciences islamiques. Formé notamment à la Zitouna de Tunis, il fonda en 1931 l'Association des ulémas musulmans algériens et fit de l'éducation un moyen essentiel de réforme et de préservation de l'identité religieuse et culturelle algérienne.

ʿAbd al-Ḥamīd ibn Bādīs

Enseignement, réforme et éducation en Algérie

ʿAbd al-Ḥamīd ibn Muṣṭafā ibn Bādīs (1889–1940) fut l'une des grandes figures intellectuelles et religieuses de l'Algérie du XXᵉ siècle. Savant, enseignant, exégète, prédicateur et réformateur, il consacra l'essentiel de sa vie à une conviction fondamentale : la renaissance d'une société passe par la science, l'éducation et la transmission du savoir.

Son parcours est profondément lié à l'histoire de l'Algérie sous la domination coloniale française. Son action porta principalement sur l'enseignement du Coran, de la langue arabe et des sciences islamiques, mais également sur la préservation de l'identité culturelle et religieuse de la société algérienne.

Une enfance marquée par le Coran et le savoir

Ibn Bādīs naquit à Constantine en 1889, dans une famille ancienne et influente de la ville. Sa famille était connue pour son attachement au savoir et à la religion.

Très jeune, il mémorisa le Coran et commença l'étude de la langue arabe ainsi que des sciences religieuses. Parmi ses premiers maîtres figura Ḥamdān al-Lūnīsī, qui exerça une influence importante sur sa formation.

Cette première éducation lui donna les bases sur lesquelles il allait construire toute son œuvre : attachement au Coran, importance de la langue arabe, discipline dans l'apprentissage et responsabilité du savant envers la communauté.

La Zitouna : une étape décisive

En 1908, Ibn Bādīs se rendit à Tunis afin de poursuivre ses études à la mosquée-université al-Zaytūna, alors l'un des grands centres d'enseignement islamique du Maghreb.

Il y étudia différentes disciplines religieuses et linguistiques et obtint son diplôme en 1912. Il resta ensuite quelque temps à la Zitouna pour y enseigner.

Son séjour tunisien fut particulièrement important pour son développement intellectuel. Il y rencontra plusieurs savants qui influencèrent sa manière d'aborder le Coran, la langue arabe, l'histoire et les problèmes contemporains du monde musulman. Parmi eux figurent notamment Muḥammad al-Nakhlī et Muḥammad al-Ṭāhir ibn ʿĀshūr.

Ces influences contribuèrent à former chez Ibn Bādīs une conception du savoir qui associait l'étude des sources religieuses à la réflexion sur les besoins réels de la société.

Le retour en Algérie : faire de l'enseignement une mission

De retour en Algérie en 1913, Ibn Bādīs s'installa à Constantine et commença progressivement à développer une vaste activité pédagogique.

En 1914, il commença notamment à enseigner à la mosquée al-Akhdar, où il dispensa des cours aux étudiants et au public. Il enseignait notamment le tafsīr du Coran, le hadith et des matières religieuses, tout en consacrant également une place importante à l'éducation des enfants.

Son enseignement ne se limitait pas à un cercle restreint d'étudiants.

Il enseignait :

* aux étudiants avancés ;
* aux enfants des écoles coraniques ;
* aux adultes ;
* au grand public ;
* aux femmes.

Il développa également des cours dans d'autres mosquées et participa à la mise en place d'une véritable dynamique éducative.

Pour lui, l'éducation devait sortir des cercles traditionnels et atteindre l'ensemble de la société.

« Réformer par l'éducation »

L'une des idées centrales de son projet était que la réforme d'une société ne pouvait pas commencer uniquement par des discours ou des changements politiques.

Elle devait commencer par l'éducation de l'individu.

Ibn Bādīs considérait que la qualité de l'enseignement formait directement la qualité des générations futures. Dans ses écrits consacrés à la réforme de l'éducation, il insiste sur le fait que la réforme des musulmans passe par la réforme de leurs savants, et que celle-ci passe elle-même par une réforme de leur formation.

Cette conception explique l'énergie considérable qu'il consacra à l'enseignement.

Il ne concevait pas le professeur comme quelqu'un qui transmet simplement des informations. L'enseignant devait contribuer à former une personne : son intelligence, sa foi, son comportement, sa langue et son sens des responsabilités.

Une vision globale de l'éducation

L'enseignement d'Ibn Bādīs ne se limitait pas à la mémorisation.

Il accordait une grande importance à la compréhension.

Il enseignait notamment le Coran et son exégèse, le hadith, la langue arabe, la littérature, l'histoire et différentes connaissances nécessaires à la formation de l'élève.

Son objectif était de former des musulmans capables de comprendre leur religion et de participer activement à la vie de leur société.

Cette conception pédagogique explique également son intérêt pour la formation des enseignants.

Il encouragea l'envoi d'étudiants algériens à la Zitouna afin qu'ils puissent approfondir leur formation et revenir ensuite contribuer à l'enseignement en Algérie. Une première promotion d'étudiants fut notamment envoyée en 1918.

L'enseignement des femmes

Ibn Bādīs accorda également une importance particulière à l'éducation des femmes.

Dans son projet éducatif, il considérait que l'ignorance ne pouvait être combattue si une partie de la société restait privée d'instruction.

L'éducation des filles et des femmes devait permettre de transmettre le savoir religieux et culturel au sein des familles et de former des générations capables de préserver leur identité.

Cette dimension de son œuvre s'inscrivait dans un projet plus large d'alphabétisation et de développement de l'enseignement arabe. Des travaux historiques consacrés à l'action éducative de l'Association des ulémas soulignent notamment son rôle dans la création d'écoles et dans la diffusion de l'enseignement arabe et religieux, y compris auprès des femmes.

La langue arabe au cœur de son projet

Pour Ibn Bādīs, la langue arabe n'était pas simplement un moyen de communication.

Elle était intimement liée à la compréhension du Coran, à la transmission du patrimoine islamique et à la continuité culturelle de la société algérienne.

Dans un contexte où l'enseignement arabe avait été profondément fragilisé par la politique coloniale, développer l'instruction en arabe représentait donc pour lui une priorité.

Son projet associa ainsi :

Coran → langue arabe → enseignement → formation de l'individu → réforme de la société.

Cette conception explique la place considérable qu'il accorda aux écoles, aux cours publics, aux journaux et aux cercles d'enseignement.

La presse comme outil d'éducation

Ibn Bādīs comprit également que l'enseignement ne pouvait pas reposer uniquement sur les mosquées et les écoles.

La presse pouvait devenir un moyen puissant de diffusion du savoir.

Il fonda notamment al-Muntaqid en 1925, puis participa au développement de al-Shihāb, revue qui devint l'un des principaux supports de ses réflexions religieuses et intellectuelles. D'autres publications liées au mouvement des ulémas contribuèrent ensuite à diffuser leurs idées.

À travers ces publications, il abordait les questions religieuses, éducatives, sociales et culturelles de son époque.

La presse devenait ainsi une sorte de classe ouverte, permettant au savoir de dépasser les murs des mosquées.

La fondation de l'Association des ulémas musulmans algériens

En 1931, Ibn Bādīs participa à la fondation de l'Association des ulémas musulmans algériens et en devint la figure dirigeante.

L'association plaça l'enseignement et la préservation de la culture islamique au cœur de son action.

Son projet reposait notamment sur la création d'écoles, la formation des enseignants, la diffusion de la langue arabe et l'enseignement religieux.

L'association devint progressivement un acteur majeur de la vie intellectuelle et culturelle algérienne.

Son célèbre slogan résumait son projet identitaire :

« L'Islam est notre religion, l'arabe est notre langue et l'Algérie est notre patrie. »

Une réforme qui commence par l'homme

L'œuvre d'Ibn Bādīs ne peut donc pas être réduite à une activité politique.

Son projet était avant tout profondément éducatif.

Il voulait former une génération qui connaisse :

* son Seigneur ;
* son Livre ;
* la Sunna ;
* sa langue ;
* son histoire ;
* ses responsabilités envers sa société.

Pour lui, une société ne pouvait véritablement se relever si elle ne possédait pas une génération instruite.

C'est pourquoi l'enseignement occupa une place aussi centrale dans sa vie.

Son rapport au fiqh et à la tradition malikite

Ibn Bādīs était également issu de la tradition juridique malikite, profondément enracinée dans le Maghreb.

Cependant, son approche de la réforme religieuse cherchait à encourager l'étude directe des sources et à dépasser certaines habitudes intellectuelles qu'il considérait comme devenues excessivement figées.

Il accordait une importance particulière au Coran, à la Sunna et à la compréhension des premières générations, tout en restant attaché à l'héritage juridique et scientifique maghrébin.

Son approche doit donc être replacée dans le contexte du réformisme musulman du début du XXᵉ siècle, époque durant laquelle plusieurs savants cherchaient à répondre aux défis intellectuels, éducatifs et politiques provoqués par la domination coloniale.

Une immense activité jusqu'à la fin de sa vie

Ibn Bādīs consacra une énergie considérable à l'enseignement.

Les témoignages rapportés sur son activité pédagogique décrivent un emploi du temps extrêmement chargé, avec de nombreux cours quotidiens et des déplacements réguliers pour diffuser le savoir.

Il mourut à Constantine le 16 avril 1940, à l'âge de cinquante ans. Sa disparition provoqua une importante mobilisation populaire lors de ses funérailles.

Un héritage essentiellement éducatif

L'héritage d'Ibn Bādīs dépasse largement sa personne.

Il a contribué à faire de l'éducation un véritable projet de société.

Son action rappelle que la préservation d'une civilisation ne passe pas uniquement par la conservation des livres anciens. Elle nécessite aussi de former ceux qui pourront les lire, les comprendre, les transmettre et les mettre en pratique.

C'est probablement l'un des aspects les plus importants de son héritage : avoir compris que la réforme durable commence dans la salle de classe, dans la mosquée, dans la famille et dans la formation de l'enfant.

Son parcours peut ainsi être résumé par trois mots :

Science — Éducation — Réforme

Et son œuvre demeure particulièrement intéressante pour tous ceux qui réfléchissent aujourd'hui à la transmission du savoir islamique, à la pédagogie et à la place de l'éducation dans la construction d'une société consciente de son héritage.

Ibn Bādīs ne fut pas seulement un savant qui enseignait : il fit de l'enseignement le cœur de son projet de réforme.