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Al-Junayd al-Baghdādī

Al-Junayd al-Baghdādī

Savant
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Biographie

Abū al-Qāsim al-Junayd (m. 298 H / 910) fut un grand maître spirituel de Bagdad, surnommé « le maître de la communauté » des soufis. Juriste formé au fiqh, il défendit une spiritualité sobre, strictement fondée sur le Coran et la Sunna, et devint une référence pour presque toutes les voies soufies ultérieures.

Al-Junayd al-Baghdādī

Le maître de la voie sobre

Abū al-Qāsim al-Junayd ibn Muḥammad al-Baghdādī est considéré comme l’une des plus grandes autorités de la spiritualité musulmane. On l’appelle « Sayyid al-Ṭāʾifa », le maître de la communauté des soufis.

Il vécut à Bagdad, au IIIᵉ siècle de l’Hégire, et y mourut en 298 H (910). Presque toutes les grandes voies soufies se rattachent à lui dans leurs chaînes de transmission spirituelle.

Une famille de commerçants

Al-Junayd est issu d’une famille d’origine persane installée à Bagdad. Son père vendait de la verrerie, et lui-même exerça le commerce des étoffes de soie.

Il est le neveu et le disciple de Sarī al-Saqaṭī, l’un des premiers grands maîtres spirituels de Bagdad. Il fréquente aussi al-Ḥārith al-Muḥāsibī, célèbre pour ses analyses de l’âme et de l’intention.

Un juriste formé

Al-Junayd étudie le fiqh auprès d’Abū Thawr, un juriste proche de l’école shāfiʿite, au point de pouvoir donner des avis juridiques dès l’âge de vingt ans.

Cette formation marque toute sa pensée. Pour lui, la spiritualité ne peut être séparée de la science de la Loi. Une parole célèbre lui est attribuée : « Notre science est liée au Coran et à la Sunna. Celui qui n’a pas appris le Coran et écrit le hadith ne doit pas être suivi dans cette voie. »

La sobriété spirituelle

Au sein des premiers soufis, al-Junayd est le représentant de la « sobriété » (al-ṣaḥw). Il se méfie des paroles d’extase qui, prononcées en public, peuvent troubler les croyants ou prêter à confusion.

Pour lui, le véritable aboutissement du chemin spirituel n’est pas l’ivresse ou la perte de soi, mais un retour à la conscience, où le serviteur accomplit ses devoirs envers Dieu et envers les hommes avec une présence de cœur plus grande.

Ses enseignements

Al-Junayd a laissé des lettres (rasāʾil) et de nombreuses paroles rapportées par ses disciples. Il y traite notamment :

* de l’unicité de Dieu (al-tawḥīd), qu’il définit comme le fait de distinguer l’Éternel de ce qui est créé ;
* du pacte primordial entre Dieu et les âmes, évoqué dans le Coran (sourate 7, verset 172) ;
* de la sincérité (al-ikhlāṣ) ;
* de la patience et de la gratitude ;
* de l’éducation de l’âme.

Parmi ses disciples figurent Abū Bakr al-Shiblī et de nombreux maîtres qui transmettront son enseignement.

Une référence reconnue

L’autorité d’al-Junayd est reconnue bien au-delà des cercles soufis. Des savants de tendances diverses, y compris des critiques de certaines formes de soufisme, comme Ibn Taymiyya, l’ont cité avec éloge.

Dans la tradition d’Afrique de l’Ouest, il est souvent mentionné dans les textes de base, comme le Murshid al-Muʿīn d’Ibn ʿĀshir, qui résume la religion en trois parties : la croyance selon al-Ashʿarī, le fiqh selon Mālik et la voie spirituelle selon al-Junayd.

Sa mort

Al-Junayd meurt à Bagdad en 298 H (910). On rapporte qu’il récitait le Coran jusqu’à ses derniers instants.

À retenir

Al-Junayd fut un maître de la vie intérieure, solidement ancré dans la Loi.

Il a montré que la spiritualité authentique ne s’oppose pas à la science religieuse, mais qu’elle en est le prolongement et l’accomplissement.

Crédit image : Sanctuaire d’al-Junayd, Bagdad. Iftakhar Ahmad Qadri, Wikimedia Commons, CC0.