Biographie
Cheikh Ibrahim Niasse (1900-1975), dit Baye Niass, fut un savant, poète et guide spirituel sénégalais de la voie tijāniyya. Fondateur de Médina Baye, à Kaolack, il est à l’origine de la « fayḍa », un mouvement spirituel qui s’est répandu au Nigeria, au Ghana, au Niger, en Mauritanie et bien au-delà, faisant de lui l’une des figures religieuses africaines les plus influentes du XXᵉ siècle.
Cheikh Ibrahim Niasse
Baye Niass, le savant de Kaolack et le guide de la fayḍa
Cheikh al-Islām al-Ḥājj Ibrāhīm ibn ʿAbd Allāh Niasse, connu au Sénégal sous le nom de Baye Niass, est l’une des plus grandes figures religieuses de l’Afrique du XXᵉ siècle.
Savant, poète, commentateur du Coran et guide spirituel de la voie tijāniyya, il a rassemblé autour de lui des millions de disciples, au Sénégal et surtout au Nigeria, au Ghana, au Niger, en Mauritanie, au Tchad, au Soudan et jusqu’aux États-Unis.
Sa ville, Médina Baye, près de Kaolack, est devenue un grand centre d’enseignement et de pèlerinage.
Une naissance dans une famille de savants
Ibrahim Niasse naît en 1900 à Taïba Niassène, dans le Saloum, au Sénégal. Il est le fils d’El Hadji Abdoulaye Niass, savant respecté et moqaddem de la voie tijāniyya, qui avait fondé à Kaolack un important centre d’enseignement.
Il apprend le Coran auprès de son père, puis étudie la langue arabe, la grammaire, la poésie, le fiqh mālikite, le hadith et le tafsīr. Très jeune, il se distingue par sa maîtrise de l’arabe et sa capacité à composer des poèmes.
À la mort de son père, en 1922, la direction de la communauté revient à son frère aîné. Ibrahim poursuit l’enseignement et le travail agricole, en retrait.
La proclamation de la fayḍa
En 1929, Ibrahim Niasse déclare qu’il est le détenteur de la fayḍa, le « flot » ou le « débordement » spirituel annoncé, selon la tradition tijānie, par le fondateur de la voie, Cheikh Aḥmad al-Tijānī.
Cette annonce signifiait qu’un grand nombre de personnes pourraient accéder, par son intermédiaire, à la connaissance de Dieu (al-maʿrifa), grâce à une éducation spirituelle (al-tarbiya) ouverte à tous.
Cette affirmation suscita d’abord des réticences, y compris dans son propre entourage. Pour marquer son indépendance, il fonda en 1930 un nouveau quartier près de Kaolack : Médina Baye.
Médina Baye, ville de science
Médina Baye devient rapidement un centre d’enseignement du Coran et des sciences religieuses. Des élèves y viennent de toute l’Afrique de l’Ouest pour apprendre le Coran, l’arabe et les sciences islamiques.
Cheikh Ibrahim y accorde une grande importance :
* à la mémorisation du Coran ;
* à la maîtrise de la langue arabe ;
* à l’éducation spirituelle ;
* au travail, notamment agricole ;
* à l’enseignement des femmes comme des hommes.
La rencontre avec le Nigeria
Un tournant décisif survient en 1937, à La Mecque, lors d’une rencontre avec l’émir de Kano, Abdullahi Bayero. Impressionné par le savant sénégalais, l’émir devient son disciple.
À partir de cette date, la fayḍa se répand de façon spectaculaire dans le nord du Nigeria, puis au Niger, au Ghana, au Cameroun et au Tchad. Aujourd’hui encore, c’est au Nigeria que se trouve la plus grande partie de ses disciples.
Il est remarquable qu’un savant sénégalais ait été reconnu comme maître par des populations haoussas, dont la langue et la culture étaient différentes des siennes. Cette réalité témoigne de la force de l’arabe et de l’islam comme liens entre les peuples africains.
Un savant reconnu dans le monde musulman
Cheikh Ibrahim entretint des relations étroites avec les savants d’al-Azhar, au Caire, et avec de nombreuses personnalités du monde arabe. Il fut membre de plusieurs instances islamiques internationales.
Il fut aussi proche des mouvements d’indépendance africains. Il entretint notamment des liens avec Kwame Nkrumah, au Ghana, et avec le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Il soutenait l’idée d’une Afrique unie et libérée de la domination coloniale.
Un poète et un commentateur du Coran
Cheikh Ibrahim Niasse a laissé une œuvre écrite importante, principalement en arabe.
Son ouvrage le plus connu est Kāshif al-Ilbās ʿan Fayḍat al-Khatm Abī al-ʿAbbās, dans lequel il expose et défend la doctrine de la fayḍa et les principes de la voie tijāniyya.
Il composa aussi de très nombreux poèmes, notamment à la louange du Prophète ﷺ, rassemblés dans plusieurs recueils (dīwān).
Ses commentaires oraux du Coran, donnés en wolof pendant de nombreux mois de Ramadan, ont été enregistrés et transcrits. Ils sont connus sous le titre Fī Riyāḍ al-Tafsīr.
Sa mort
Cheikh Ibrahim Niasse meurt le 26 juillet 1975 à Londres, où il était venu se soigner. Son corps est ramené au Sénégal et inhumé à Médina Baye, à côté de la grande mosquée.
Chaque année, des centaines de milliers de personnes viennent à Médina Baye, notamment à l’occasion du Mawlid.
À retenir
Cheikh Ibrahim Niasse fut un savant de la langue arabe, un poète, un éducateur et un guide spirituel.
Il a montré qu’un savant africain pouvait rayonner bien au-delà de son pays, et que la science religieuse pouvait unir des peuples de langues et de cultures différentes.
Son héritage vit aujourd’hui dans les écoles coraniques, les poèmes récités et les communautés qui se réclament de lui sur plusieurs continents.
Crédit image : Cheikh Ibrahim Niasse. Wallabokk, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Oeuvres notables
Kāshif al-Ilbās ʿan Fayḍat al-Khatm Abī al-ʿAbbās ; ses recueils de poèmes (dīwān) ; Fī Riyāḍ al-Tafsīr (commentaire oral du Coran)