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El Hadji Omar Tall

El Hadji Omar Tall

Savant
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Biographie

El Hadji Omar Foutiyou Tall (v. 1796-1864) fut un savant, écrivain et chef religieux originaire du Fouta-Toro, au Sénégal. Nommé khalife de la voie tijāniyya pour l’Afrique de l’Ouest lors de son pèlerinage, il est l’auteur du Rimāḥ, un ouvrage majeur de la tijāniyya, et le fondateur d’un vaste État qui s’étendit du Sénégal au Mali actuel.

El Hadji Omar Tall

Le savant du Fouta et l’auteur du Rimāḥ

El Hadji Omar Foutiyou Tall, en arabe ʿUmar ibn Saʿīd al-Fūtī, est l’une des figures majeures de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest au XIXᵉ siècle. Savant, écrivain, guide spirituel de la voie tijāniyya et fondateur d’un grand État, il a profondément marqué l’histoire du Sénégal, de la Guinée et du Mali.

Sa vie est à la fois celle d’un lettré, d’un voyageur, d’un maître spirituel et d’un chef politique. Elle reste aussi l’objet de débats entre historiens.

Une enfance dans le Fouta-Toro

Omar naît vers 1796 à Halwar, dans le Fouta-Toro, région de la vallée du fleuve Sénégal. Il appartient à une famille toucouleur (haalpulaar) de lettrés musulmans. Son père, Saʿīd Tall, est un enseignant du Coran.

Il apprend très tôt le Coran, puis la langue arabe, le fiqh mālikite, la théologie et la grammaire, auprès de plusieurs maîtres du Fouta et de la Mauritanie voisine. Il est initié jeune à la voie tijāniyya.

Le grand pèlerinage

Vers 1826, il part pour le pèlerinage à La Mecque. Ce voyage, qui dure plusieurs années, est décisif.

Au Hedjaz, il rencontre Muḥammad al-Ghālī, disciple direct de Cheikh Aḥmad al-Tijānī. Après plusieurs années auprès de lui, il reçoit la charge de khalife de la voie tijāniyya pour l’Afrique de l’Ouest.

Sur le chemin du retour, il séjourne au Caire, où il débat avec des savants d’al-Azhar, puis dans le Bornou, et surtout à Sokoto, capitale du califat fondé par Ousmane dan Fodio. Il y reste plusieurs années auprès du calife Muhammad Bello, qui lui donne des épouses de sa famille.

Ce long voyage fait de lui un savant respecté, en contact avec les grands centres intellectuels du monde musulman.

Le Rimāḥ

De retour en Afrique de l’Ouest, il s’installe d’abord au Fouta-Djalon, puis fonde en 1849 un centre à Dinguiraye, dans l’actuelle Guinée. Il y enseigne et forme des disciples.

C’est dans cette période qu’il achève son œuvre principale : Rimāḥ Ḥizb al-Raḥīm ʿalā Nuḥūr Ḥizb al-Rajīm, « Les lances du parti du Miséricordieux contre les gorges du parti du Maudit ».

Cet ouvrage, rédigé en arabe, expose :

* les principes de la voie tijāniyya ;
* les règles de l’éducation spirituelle ;
* les devoirs du disciple envers son maître ;
* les réponses aux critiques adressées à la voie.

Le Rimāḥ est devenu un texte de référence de la tijāniyya. Il est souvent imprimé dans les marges du Jawāhir al-Maʿānī, l’ouvrage fondateur de la voie.

Le passage à la lutte armée

À partir de 1852, El Hadji Omar lance un vaste mouvement militaire, qu’il présente comme un jihād destiné à combattre les pouvoirs qu’il jugeait non musulmans ou injustes et à établir un ordre fondé sur l’islam.

Ses troupes conquièrent successivement le royaume bambara du Kaarta, puis Ségou en 1861.

Dans la vallée du fleuve Sénégal, il se heurte à l’expansion coloniale française, dirigée par le gouverneur Louis Faidherbe. En 1857, il assiège sans succès le fort de Médine. Il se tourne alors vers l’est.

La guerre contre le Macina et sa mort

En 1862, il attaque l’empire peul du Macina, un État musulman fondé par Cheikou Amadou, et prend sa capitale, Hamdallahi.

Cette guerre entre deux pouvoirs musulmans est l’épisode le plus controversé de sa vie. El Hadji Omar s’en justifie dans un écrit, en reprochant aux dirigeants du Macina leur alliance avec Ségou. Ses adversaires, eux, y voient une agression contre un État musulman.

Peu après, une révolte éclate, soutenue notamment par Ahmad al-Bakkāy, un savant de Tombouctou. Assiégé, El Hadji Omar se réfugie dans les falaises de Bandiagara. Il y meurt en 1864, près de Déguembéré, dans l’explosion d’une grotte où il s’était retiré.

Son fils Ahmadou Tall lui succède à Ségou, jusqu’à la conquête française de la fin du XIXᵉ siècle.

Un héritage vivant

L’héritage d’El Hadji Omar est multiple.

Sur le plan religieux, il a contribué de façon décisive à la diffusion de la tijāniyya en Afrique de l’Ouest. Les grandes branches tijānies du Sénégal, notamment celles de Tivaouane et de Kaolack, s’inscrivent dans le paysage qu’il a contribué à façonner.

Sur le plan intellectuel, le Rimāḥ reste l’un des grands textes arabes produits en Afrique subsaharienne.

Sur le plan historique, il est considéré par beaucoup comme une figure de la résistance à la pénétration coloniale française. Dans le même temps, les guerres qu’il a menées, et notamment celle du Macina, invitent à une lecture nuancée de son action.

À retenir

El Hadji Omar Tall fut un savant voyageur, un maître spirituel et un bâtisseur d’État.

Son œuvre écrite témoigne de la vitalité de la science islamique en Afrique de l’Ouest au XIXᵉ siècle.

Son histoire, riche et complexe, rappelle qu’il faut étudier les grandes figures du passé avec respect, mais aussi avec esprit critique.

Crédit image : Mosquée de Dinguiraye. Lucien Famechon (1855-1930), Wikimedia Commons, domaine public.
Oeuvres notables
Rimāḥ Ḥizb al-Raḥīm ʿalā Nuḥūr Ḥizb al-Rajīm ; Suyūf al-Saʿīd ; Bayān mā Waqaʿa (sur le conflit avec le Macina) ; poèmes et épîtres