Biographie
Ibn ʿAṭāʾ Allāh al-Iskandarī (m. 709 H / 1309) fut un juriste mālikite et un maître spirituel égyptien, troisième grand maître de la voie shādhiliyya. Il est l’auteur des Ḥikam, recueil d’aphorismes spirituels parmi les plus lus et commentés du monde musulman, notamment en Afrique du Nord et de l’Ouest.
Ibn ʿAṭāʾ Allāh al-Iskandarī
Le maître des Ḥikam et de la voie shādhiliyya
Tāj al-Dīn Abū al-Faḍl Aḥmad ibn Muḥammad ibn ʿAṭāʾ Allāh al-Iskandarī est l’une des grandes figures de la spiritualité musulmane. Né à Alexandrie vers le milieu du VIIᵉ siècle de l’Hégire (XIIIᵉ siècle), il mourut au Caire en 709 H (1309).
Juriste mālikite et savant reconnu, il fut aussi le troisième grand maître de la voie shādhiliyya, après Abū al-Ḥasan al-Shādhilī et Abū al-ʿAbbās al-Mursī.
Il est surtout connu pour ses Ḥikam, un recueil de courtes sentences spirituelles d’une grande profondeur, étudié depuis sept siècles dans les mosquées, les zawiyas et les écoles, du Maroc jusqu’à l’Indonésie, en passant par le Sénégal et la Mauritanie.
Une famille de juristes
Ibn ʿAṭāʾ Allāh naît dans une famille de savants mālikites d’Alexandrie. Son grand-père était un juriste réputé.
Il reçoit une solide formation dans les sciences religieuses : le Coran, le hadith, le fiqh mālikite, les fondements du droit, la grammaire et la langue arabe.
Dans sa jeunesse, il se montre méfiant, voire hostile, à l’égard du soufisme. Il considère alors que la voie des juristes suffit et regarde avec soupçon ceux qui parlent de purification du cœur et de connaissance spirituelle.
La rencontre avec Abū al-ʿAbbās al-Mursī
Un jour, il décide d’aller écouter Abū al-ʿAbbās al-Mursī, le successeur d’Abū al-Ḥasan al-Shādhilī à Alexandrie, avec l’intention d’examiner ses propos.
Il découvre un homme qui parle des souffles de l’âme, de la foi, de l’islam et de l’excellence (al-iḥsān) avec une clarté qui le bouleverse. Il raconte lui-même comment cette rencontre transforma sa vie.
Il devient alors son disciple et reste auprès de lui pendant une douzaine d’années, jusqu’à la mort du maître en 686 H. Il lui succède ensuite comme guide de la voie.
Un savant au Caire
Ibn ʿAṭāʾ Allāh s’installe ensuite au Caire, où il enseigne à la mosquée al-Azhar et à la madrasa al-Manṣūriyya. Il y donne des leçons de fiqh et des séances de rappel spirituel qui attirent un large public.
Il réunit ainsi deux dimensions que l’on oppose parfois : la rigueur du juriste et la profondeur du maître spirituel. Pour lui, la Loi (al-sharīʿa) et la réalité spirituelle (al-ḥaqīqa) ne s’opposent pas : l’une est la forme, l’autre en est l’esprit.
Les Ḥikam
Les Ḥikam (« Sagesses ») sont un recueil d’environ deux cent soixante aphorismes, suivis de quelques lettres et d’entretiens intimes avec Dieu (munājāt).
Chaque sentence est brève, dense et soigneusement construite. Elle invite le lecteur à regarder en lui-même, à reconnaître sa dépendance envers Dieu et à purifier son intention.
Voici, en traduction, la sentence qui ouvre le recueil :
« Parmi les signes de l’appui sur les œuvres, il y a la diminution de l’espérance lorsque survient une faute. »
Autrement dit : celui qui compte sur ses propres actes plutôt que sur la miséricorde de Dieu perd espoir dès qu’il commet une erreur.
Les thèmes principaux des Ḥikam sont :
* la confiance en Dieu (al-tawakkul) ;
* l’abandon de la prétention à tout gérer soi-même (isqāṭ al-tadbīr) ;
* la sincérité de l’intention ;
* la reconnaissance des bienfaits divins ;
* la patience dans l’épreuve ;
* le détachement du cœur à l’égard du monde ;
* l’humilité devant Dieu.
Des commentaires innombrables
Les Ḥikam ont suscité un très grand nombre de commentaires. Parmi les plus célèbres :
* celui d’Ibn ʿAbbād al-Rundī, savant andalou installé à Fès ;
* ceux d’Aḥmad Zarrūq, savant marocain, qui en rédigea une trentaine selon la tradition ;
* Īqāẓ al-Himam d’Aḥmad ibn ʿAjība.
Un proverbe transmis dans les milieux de science dit : « Les Ḥikam ont failli être un Coran », pour exprimer non pas une égalité avec le Livre de Dieu, mais l’admiration suscitée par leur densité.
Ses autres œuvres
Ibn ʿAṭāʾ Allāh a laissé plusieurs autres ouvrages importants :
* Laṭāʾif al-Minan, qui raconte la vie et l’enseignement d’Abū al-Ḥasan al-Shādhilī et d’Abū al-ʿAbbās al-Mursī ;
* Al-Tanwīr fī Isqāṭ al-Tadbīr, consacré à la confiance en Dieu ;
* Miftāḥ al-Falāḥ, consacré au rappel de Dieu (al-dhikr) ;
* Tāj al-ʿArūs, recueil de conseils pour la purification de l’âme.
Sa mort
Ibn ʿAṭāʾ Allāh meurt au Caire en 709 H (1309). Il est enterré au cimetière d’al-Qarāfa, au pied du mont Muqaṭṭam, où sa tombe est encore visitée.
À retenir
Ibn ʿAṭāʾ Allāh fut un juriste devenu maître spirituel, sans jamais renoncer à la rigueur de la science.
Ses Ḥikam enseignent que la religion ne se limite pas aux actes extérieurs : elle concerne aussi l’état du cœur, la sincérité et la relation avec Dieu.
Leur lecture reste aujourd’hui une école de lucidité sur soi-même et de confiance en Dieu.
Crédit image : Manuscrit du commentaire d’Ibn ʿAbbād sur les Ḥikam, BnF. Wikimedia Commons, domaine public.
Oeuvres notables
Al-Ḥikam al-ʿAṭāʾiyya ; Laṭāʾif al-Minan ; Al-Tanwīr fī Isqāṭ al-Tadbīr ; Miftāḥ al-Falāḥ wa Miṣbāḥ al-Arwāḥ ; Tāj al-ʿArūs ; Al-Qaṣd al-Mujarrad fī Maʿrifat al-Ism al-Mufrad