Biographie
Ibn Baṭṭūṭa (703-v. 770 H / 1304-v. 1368) fut un juriste mālikite et le plus grand voyageur du Moyen Âge. Parti de Tanger pour le pèlerinage, il parcourut pendant près de trente ans l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie centrale, l’Inde et la Chine. Sa Riḥla contient l’un des plus anciens témoignages directs sur l’empire du Mali.
Ibn Baṭṭūṭa
Le grand voyageur du monde musulman
Abū ʿAbd Allāh Muḥammad ibn ʿAbd Allāh al-Lawātī al-Ṭanjī, connu sous le nom d’Ibn Baṭṭūṭa, est le plus célèbre voyageur de l’histoire du monde musulman. En près de trente ans, il a parcouru une distance estimée à plus de cent mille kilomètres.
Il naît à Tanger, au Maroc, le 24 février 1304, et meurt au Maroc vers 1368-1369.
Le départ pour le pèlerinage
Ibn Baṭṭūṭa appartient à une famille de juristes d’origine berbère. Il reçoit une formation en fiqh mālikite.
En 1325, à l’âge de vingt et un ans, il quitte Tanger seul pour accomplir le pèlerinage à La Mecque. Il ne sait pas encore que ce voyage durera, avec quelques retours, près de trente ans.
Un voyage à travers le monde
Après le pèlerinage, Ibn Baṭṭūṭa décide de poursuivre sa route. Il visite successivement :
* l’Égypte, la Syrie et l’Irak ;
* la Perse ;
* le Yémen et les côtes de l’Afrique de l’Est, jusqu’à Kilwa ;
* l’Anatolie et les steppes de la Horde d’Or ;
* Constantinople ;
* l’Asie centrale et l’Afghanistan ;
* l’Inde, où il reste plusieurs années ;
* les Maldives ;
* Ceylan, le Bengale, Sumatra et la Chine.
Un juriste au service des sultans
Partout dans le monde musulman, sa formation de juriste lui ouvre des portes. En Inde, le sultan de Delhi, Muḥammad ibn Tughluq, le nomme juge (qāḍī) et le couvre de richesses, avant de l’envoyer en ambassade en Chine.
Aux Maldives, il exerce aussi la fonction de juge et tente d’y faire appliquer plus strictement le droit mālikite.
Ce parcours montre l’unité culturelle du monde musulman de l’époque : un juriste marocain pouvait exercer, grâce à la langue arabe et au fiqh, de l’Afrique jusqu’aux confins de l’Asie.
Le voyage au Mali
Après son retour au Maroc, Ibn Baṭṭūṭa entreprend en 1352 un dernier grand voyage : il traverse le Sahara et se rend dans l’empire du Mali, alors gouverné par le mansa Sulaymān.
Il décrit la cour royale, la sécurité des routes, l’attachement des habitants à la prière du vendredi et à la mémorisation du Coran. Il visite aussi Tombouctou et Gao.
Son récit est l’un des plus anciens témoignages directs sur l’Afrique de l’Ouest médiévale, et une source précieuse pour les historiens du Mali et du Sénégal.
La Riḥla
De retour à Fès, le sultan mérinide Abū ʿInān lui demande de dicter le récit de ses voyages au lettré Ibn Juzayy. L’ouvrage, achevé en 1355, s’intitule Tuḥfat al-Nuẓẓār fī Gharāʾib al-Amṣār wa ʿAjāʾib al-Asfār (« Présent à ceux qui contemplent les curiosités des villes et les merveilles des voyages »). On l’appelle simplement la Riḥla.
Ibn Baṭṭūṭa y décrit les villes, les coutumes, les savants, les souverains, les paysages et les aventures qu’il a vécues. Certains passages ont été discutés par les historiens, mais l’ensemble reste un document exceptionnel.
Ses dernières années
Ibn Baṭṭūṭa passe la fin de sa vie au Maroc, où il exerce la fonction de juge. Il meurt vers 1368-1369.
À retenir
Ibn Baṭṭūṭa fut un juriste curieux du monde, qui a su observer et raconter.
Son voyage témoigne de l’étendue et de l’unité du monde musulman médiéval, et son récit fait de lui l’un des grands témoins de l’histoire de l’Afrique.
Crédit image : Nom d’Ibn Baṭṭūṭa dans un manuscrit de la Riḥla, BnF. أبو عبد الله محمد بن جزي ابن بطوطة, Wikimedia Commons, domaine public.