Biographie
Ibn Kathīr (v. 700-774 H / 1300-1373) fut un grand savant de Damas, spécialiste du Coran, du hadith et de l’histoire. Élève d’Ibn Taymiyya et d’al-Mizzī, il est l’auteur de Tafsīr al-Qurʾān al-ʿAẓīm, l’un des commentaires du Coran les plus lus au monde, et d’Al-Bidāya wa-l-Nihāya, une vaste histoire universelle.
Ibn Kathīr
L’exégète du Coran et l’historien de Damas
ʿImād al-Dīn Abū al-Fidāʾ Ismāʿīl ibn ʿUmar ibn Kathīr est l’un des savants les plus lus de l’histoire de l’islam. Né vers 700 H (1300) dans la région de Buṣrā, en Syrie, il mourut à Damas en 774 H (1373).
Spécialiste du Coran, du hadith, du fiqh shāfiʿite et de l’histoire, il est surtout connu pour deux œuvres majeures :
* Tafsīr al-Qurʾān al-ʿAẓīm, son commentaire du Coran, connu sous le nom de Tafsīr Ibn Kathīr ;
* Al-Bidāya wa-l-Nihāya, « Le Commencement et la Fin », une vaste histoire du monde depuis la création.
Aujourd’hui encore, son tafsīr est l’un des commentaires du Coran les plus étudiés et les plus traduits au monde.
Une enfance à Damas
Son père, ʿUmar, était prédicateur (khaṭīb) dans son village. Il meurt alors qu’Ismāʿīl n’a que quelques années.
Vers 706 H, l’enfant s’installe à Damas avec son frère aîné, qui prend soin de son éducation. Damas est alors, sous les Mamelouks, l’un des plus grands centres de science du monde musulman, avec ses nombreuses madrasas et maisons du hadith.
Ibn Kathīr y apprend le Coran, puis étudie le fiqh shāfiʿite, le hadith, la langue arabe et l’histoire.
Des maîtres prestigieux
Ibn Kathīr a eu la chance d’étudier auprès des plus grands savants de son temps :
* Ibn Taymiyya, dont il fut très proche et dont il adopta plusieurs positions ;
* Abū al-Ḥajjāj al-Mizzī, le grand spécialiste des transmetteurs du hadith, dont il épousa la fille ;
* Shams al-Dīn al-Dhahabī, historien et critique du hadith ;
* ʿAlam al-Dīn al-Birzālī, historien de Damas.
Cette formation explique la grande place qu’occupent le hadith et la critique des chaînes de transmission dans son œuvre.
Le Tafsīr Ibn Kathīr
Son commentaire du Coran appartient à la catégorie du tafsīr bi-l-maʾthūr, c’est-à-dire le commentaire fondé sur la transmission.
Dans son introduction, il expose sa méthode :
* expliquer le Coran d’abord par le Coran lui-même, car un verset éclaire souvent un autre ;
* puis par la Sunna du Prophète ﷺ ;
* puis par les paroles des Compagnons, qui ont assisté à la révélation ;
* puis par les avis des Successeurs (tābiʿūn) ;
* en s’appuyant sur la langue arabe.
Ibn Kathīr ne se contente pas de citer les hadiths : il examine souvent leurs chaînes de transmission et signale ceux qui sont faibles.
Il se montre aussi très prudent à l’égard des isrāʾīliyyāt, ces récits d’origine juive ou chrétienne que certains commentateurs anciens avaient intégrés à leurs explications. Il les mentionne parfois, mais en avertissant qu’ils ne doivent pas être pris pour des vérités établies.
Cette rigueur, alliée à un style clair, explique le succès durable de son commentaire. Il a donné lieu à plusieurs abrégés très diffusés, comme ʿUmdat al-Tafsīr d’Aḥmad Shākir ou le Mukhtaṣar de Muḥammad ʿAlī al-Ṣābūnī.
Al-Bidāya wa-l-Nihāya
Sa seconde grande œuvre est une histoire universelle en plusieurs volumes. Elle commence avec la création du monde, présente l’histoire des prophètes, puis la vie du Prophète Muḥammad ﷺ, et retrace ensuite l’histoire des musulmans année par année, jusqu’à l’époque de l’auteur.
La dernière partie, consacrée aux signes de la fin des temps et au Jour dernier, justifie le titre : « Le Commencement et la Fin ».
Plusieurs ouvrages célèbres sont en réalité des extraits de ce livre, notamment ses Qiṣaṣ al-Anbiyāʾ (Histoires des prophètes) et sa Sīra nabawiyya.
Pour l’histoire de son propre temps, et notamment de Damas au VIIIᵉ siècle de l’Hégire, son témoignage est une source de premier plan.
Un enseignant respecté
Ibn Kathīr enseigna dans plusieurs institutions de Damas, dont la Madrasa Umm al-Ṣāliḥ et la célèbre Dār al-Ḥadīth al-Ashrafiyya, l’une des plus prestigieuses maisons du hadith de la ville.
Ses contemporains louaient sa mémoire, la clarté de son expression et son sens de l’humour.
Sa mort
À la fin de sa vie, Ibn Kathīr perd la vue. Il meurt à Damas en shaʿbān 774 H (février 1373). Selon son souhait, il est enterré au cimetière des Soufis, près de son maître Ibn Taymiyya.
À retenir
Ibn Kathīr fut un exégète, un traditionniste et un historien.
Son œuvre montre qu’expliquer le Coran exige de la rigueur : vérifier les récits, préférer les sources sûres et laisser le texte éclairer le texte.
Sept siècles après sa mort, son commentaire accompagne encore des millions de lecteurs dans leur compréhension du Coran.
Crédit image : Volumes du Tafsīr d’Ibn Kathīr. KneeHallHawk, Wikimedia Commons, CC0.
Oeuvres notables
Tafsīr al-Qurʾān al-ʿAẓīm ; Al-Bidāya wa-l-Nihāya ; Qiṣaṣ al-Anbiyāʾ ; Al-Sīra al-Nabawiyya ; Faḍāʾil al-Qurʾān ; Ikhtiṣār ʿUlūm al-Ḥadīth ; Jāmiʿ al-Masānīd wa-l-Sunan