Biographie
Imruʾ al-Qays (v. 500-v. 540) fut un prince de la tribu de Kinda et le plus célèbre poète de l’Arabie préislamique. Auteur de la plus fameuse des Muʿallaqāt, il est considéré comme le modèle de la poésie arabe classique. Ses vers sont étudiés comme témoins de la langue arabe dans laquelle le Coran a été révélé.
Imruʾ al-Qays
Le prince des poètes de l’Arabie ancienne
Imruʾ al-Qays ibn Ḥujr al-Kindī est le plus célèbre poète de l’Arabie préislamique. Les critiques arabes l’ont longtemps considéré comme le premier des poètes et le modèle de la poésie classique.
Il vécut au VIᵉ siècle, et mourut vers 540, quelques décennies avant la naissance du Prophète ﷺ.
Un prince de Kinda
Imruʾ al-Qays est le fils de Ḥujr, roi de la tribu de Kinda, qui dominait alors plusieurs tribus du centre de l’Arabie.
Selon les récits de la tradition, le jeune prince mène d’abord une vie insouciante, consacrée à la poésie, à la chasse et aux plaisirs. Son père, mécontent, l’aurait même chassé de sa cour.
Le roi errant
Un événement bouleverse sa vie : son père est tué par la tribu des Banū Asad, qui s’étaient révoltés contre lui.
Lorsqu’il apprend la nouvelle, Imruʾ al-Qays aurait prononcé une phrase restée célèbre : « Aujourd’hui le vin, demain les affaires. » Il jure ensuite de venger son père.
Il passe alors le reste de sa vie à chercher des alliés, de tribu en tribu. Cette errance lui vaut le surnom d’« al-Malik al-Ḍillīl », « le roi errant ».
Selon la tradition, il se rend jusqu’à Constantinople pour demander l’aide de l’empereur byzantin. Il meurt sur le chemin du retour, vers 540, près d’Ancyre, l’actuelle Ankara.
La Muʿallaqa
Son poème le plus célèbre est sa Muʿallaqa. Les Muʿallaqāt sont un groupe de longs poèmes préislamiques considérés comme les chefs-d’œuvre de la poésie arabe ancienne. Selon une tradition ancienne, ils auraient été suspendus à la Kaaba en raison de leur excellence.
La Muʿallaqa d’Imruʾ al-Qays s’ouvre sur un vers devenu le plus célèbre de toute la poésie arabe : « Qifā nabki… », « Arrêtez-vous, pleurons… », au souvenir de la bien-aimée et du campement abandonné.
Le poème décrit :
* les vestiges du campement de la bien-aimée ;
* les souvenirs d’amour ;
* la nuit, comparée aux vagues de la mer ;
* le cheval, décrit avec des images restées célèbres ;
* l’orage et la pluie sur le désert.
Imruʾ al-Qays est considéré comme le poète qui a fixé plusieurs thèmes et formes de la poésie arabe classique, notamment l’évocation des vestiges (al-aṭlāl) au début du poème.
Pourquoi étudier la poésie préislamique ?
Pour les savants musulmans, la poésie préislamique a une grande importance. Elle est un témoin de la langue arabe telle qu’elle était parlée au moment de la révélation du Coran.
Ibn ʿAbbās, le grand exégète parmi les Compagnons, recommandait de chercher dans la poésie des Arabes le sens des mots difficiles du Coran, car, disait-il, « la poésie est le registre (dīwān) des Arabes ».
Les grammairiens, comme Sībawayh, et les exégètes, comme aṭ-Ṭabarī, citent souvent ces vers pour expliquer le vocabulaire et les tournures de la langue.
À retenir
Imruʾ al-Qays fut un prince, un poète et un aventurier.
Son œuvre ne se lit pas comme un modèle de vie, mais comme un monument de la langue arabe, dont la connaissance aide à mieux comprendre la langue du Coran.