Biographie
Jamāl ad-Dīn al-Afghānī (1838/1839-1897) fut un penseur, orateur et militant politique, figure fondatrice du réformisme musulman moderne. Maître de Muḥammad ʿAbduh, il appela à l’unité des musulmans, au renouveau de la pensée et à la résistance face à l’impérialisme européen.
Jamāl ad-Dīn al-Afghānī
Le pionnier du réveil musulman moderne
Sayyid Jamāl ad-Dīn al-Afghānī est l’une des figures les plus marquantes de la pensée musulmane du XIXᵉ siècle. Orateur, journaliste, penseur et militant politique, il a parcouru le monde musulman et l’Europe pour appeler à un réveil des peuples musulmans.
Il naît en 1838 ou 1839, probablement à Asadābād, en Iran, bien qu’il se soit lui-même présenté comme originaire d’Afghanistan. Il meurt à Istanbul en 1897.
Une vie de voyages
Al-Afghānī reçoit une formation traditionnelle dans les sciences religieuses, la philosophie et la langue arabe. Il voyage ensuite en Inde, où il découvre la réalité de la domination britannique, puis en Afghanistan, à Istanbul, en Égypte, en Europe et en Russie.
Partout où il passe, il enseigne, prononce des discours, fonde des journaux et entretient des relations avec les milieux politiques. Son action le fait souvent expulser.
Les années égyptiennes
De 1871 à 1879, il séjourne en Égypte. Il y réunit autour de lui un cercle de jeunes étudiants et d’intellectuels, auxquels il enseigne la philosophie, la théologie et la réflexion politique.
Parmi eux se trouve Muḥammad ʿAbduh, qui deviendra le grand réformateur égyptien et le Mufti d’Égypte.
Expulsé d’Égypte en 1879, il gagne l’Inde, puis Paris.
Al-ʿUrwa al-Wuthqā
À Paris, en 1884, al-Afghānī et Muḥammad ʿAbduh publient ensemble un journal en arabe : al-ʿUrwa al-Wuthqā (« Le lien indissoluble »), titre tiré du Coran.
Bien qu’il n’ait paru que quelques mois, ce journal circule dans tout le monde musulman et exerce une influence considérable. Il y appelle :
* à l’unité des musulmans, au-delà des divisions ;
* à la résistance contre la domination européenne ;
* au renouveau de la pensée religieuse et au retour à l’effort d’interprétation (al-ijtihād) ;
* à l’appropriation des sciences modernes.
Le débat avec Ernest Renan
En 1883, le philosophe français Ernest Renan prononce une conférence affirmant que l’islam serait hostile à la science. Al-Afghānī lui répond publiquement.
Il y défend l’idée que le retard scientifique des sociétés musulmanes n’est pas dû à la religion elle-même, mais à des causes historiques, et que les musulmans peuvent retrouver le chemin de la science, comme ils l’ont fait au temps de leur civilisation.
Les dernières années
À la fin de sa vie, il joue un rôle dans la contestation du monopole du tabac accordé par le shah d’Iran à une compagnie britannique en 1891. Il s’installe ensuite à Istanbul, à l’invitation du sultan ottoman ʿAbd al-Ḥamīd II, mais y vit sous surveillance.
Il meurt à Istanbul en 1897. En 1944, ses restes sont transférés à Kaboul.
Un héritage discuté
Al-Afghānī reste une figure complexe, sur laquelle les historiens débattent encore. Mais son influence est indéniable : il a ouvert la voie au réformisme musulman moderne, prolongé par Muḥammad ʿAbduh, Rashīd Riḍā, puis, au Maghreb, par des savants comme ʿAbd al-Ḥamīd ibn Bādīs.
À retenir
Jamāl ad-Dīn al-Afghānī fut un éveilleur de consciences.
Il a appelé les musulmans à ne pas se résigner, à retrouver confiance en leur héritage et à s’ouvrir aux sciences de leur temps, dans l’unité et la dignité.
Crédit image : Jamāl ad-Dīn al-Afghānī. Yacquub cAbd al-cAziiz Abul Ala Maududi, Wikimedia Commons, domaine public.