Biographie
Ousmane dan Fodio (1754-1817), ʿUthmān ibn Fūdī en arabe, fut un savant peul, prédicateur et réformateur du pays haoussa, dans l’actuel Nigeria. Auteur de plus d’une centaine d’ouvrages en arabe, en peul et en haoussa, il fonda le califat de Sokoto, l’un des plus grands États de l’Afrique de l’Ouest au XIXᵉ siècle.
Ousmane dan Fodio
Le savant réformateur et le fondateur du califat de Sokoto
ʿUthmān ibn Muḥammad ibn Fūdī, connu sous le nom d’Ousmane dan Fodio et appelé par ses disciples « le Shehu » (le Cheikh), est l’une des plus grandes figures intellectuelles et religieuses de l’histoire africaine.
Savant, enseignant, poète et prédicateur, il est à l’origine d’un vaste mouvement de réforme religieuse dans le pays haoussa, qui aboutit à la fondation du califat de Sokoto, dans l’actuel nord du Nigeria.
Une famille de lettrés peuls
Ousmane naît en 1754 à Maratta, dans le royaume haoussa du Gobir. Il appartient au clan peul des Toronkawa, une famille de savants installée dans la région depuis plusieurs générations. Son nom, « dan Fodio », signifie « fils du savant ».
Il apprend le Coran auprès de son père, puis étudie la langue arabe, le fiqh mālikite, le hadith, le tafsīr et la théologie auprès de plusieurs maîtres. Le plus influent est Jibrīl ibn ʿUmar, un savant touareg qui dénonçait avec vigueur les pratiques contraires à l’islam.
Il est aussi initié à la voie qādiriyya, qui marque profondément sa spiritualité.
Le prédicateur
Vers l’âge de vingt ans, Ousmane commence à prêcher dans les villages du Gobir et des royaumes voisins. Il enseigne en arabe, mais aussi en peul (fulfulde) et en haoussa, pour être compris de tous.
Son message est centré sur :
* le retour au Coran et à la Sunna ;
* l’enseignement des bases de la religion à tous, hommes et femmes ;
* la dénonciation des pratiques qu’il considère comme des innovations ou des survivances non islamiques ;
* la critique de l’injustice des souverains : impôts illégaux, confiscations, corruption des juges.
Sa réputation grandit rapidement, et une communauté nombreuse se forme autour de lui.
Du conflit à la hijra
Au début, les rois du Gobir tolèrent et même honorent le prédicateur. Mais à mesure que sa communauté grandit, les tensions s’aggravent. Les souverains cherchent à limiter son influence et s’en prennent à ses partisans.
En 1804, menacé, Ousmane quitte le Gobir avec ses fidèles et s’installe à Gudu. Il compare lui-même ce départ à l’émigration (hijra) du Prophète ﷺ de La Mecque vers Médine. Ses partisans le proclament alors Amīr al-Muʾminīn, le Commandeur des croyants.
Le jihad et le califat de Sokoto
La même année commence une guerre contre le Gobir, que le Shehu présente comme un jihād. En 1808, la capitale du Gobir, Alkalawa, tombe.
Le mouvement s’étend ensuite à la plupart des royaumes haoussas, puis au-delà. Des émirats sont fondés, comme ceux de Kano, Zaria, Katsina ou Adamawa, placés sous l’autorité du califat.
Le califat de Sokoto devient le plus vaste État de l’Afrique de l’Ouest au XIXᵉ siècle. Il durera jusqu’à la conquête britannique, en 1903.
Le Shehu, homme de science plus que de pouvoir, laisse rapidement l’administration à son frère Abdullahi dan Fodio et à son fils Muhammad Bello, qui fonde la ville de Sokoto. Lui-même se consacre à l’enseignement et à l’écriture.
Une œuvre immense
Ousmane dan Fodio a écrit plus d’une centaine d’ouvrages, en arabe, et de nombreux poèmes en peul et en haoussa.
Parmi ses ouvrages les plus connus :
* Iḥyāʾ al-Sunna wa Ikhmād al-Bidʿa, « La revivification de la Sunna et l’extinction de l’innovation » ;
* Bayān Wujūb al-Hijra ʿalā al-ʿIbād, sur l’émigration et le gouvernement islamique ;
* Kitāb al-Farq, sur la différence entre le gouvernement juste et le gouvernement injuste ;
* Nūr al-Albāb, sur l’état religieux de la société haoussa.
Dans ses écrits politiques, il insiste sur la justice, la consultation (al-shūrā), l’honnêteté des juges et le refus des impôts injustes.
L’éducation des femmes
Un aspect remarquable de son œuvre est l’importance qu’il accorde à l’instruction des femmes. Il reprochait aux savants de son temps de laisser les femmes dans l’ignorance, sans même leur enseigner les bases de leur religion.
Sa fille, Nana Asmaʾu (1793-1864), en est la meilleure illustration. Poétesse et savante, elle écrivit en arabe, en peul et en haoussa, et organisa un réseau d’enseignantes, les Yan Taru, chargées d’instruire les femmes des campagnes.
Sa mort
Ousmane dan Fodio meurt à Sokoto en 1817. Sa tombe, appelée Hubbare, est aujourd’hui encore un lieu de visite. Son fils Muhammad Bello lui succède à la tête du califat.
Plusieurs dizaines d’années plus tard, El Hadji Omar Tall séjournera à Sokoto auprès de Muhammad Bello, témoignant des liens intellectuels entre les savants de l’Afrique de l’Ouest.
À retenir
Ousmane dan Fodio fut d’abord un savant et un enseignant, avant d’être un chef politique.
Son œuvre montre la richesse de la production intellectuelle islamique en Afrique subsaharienne, en arabe comme dans les langues africaines.
Il a laissé un héritage durable : une tradition savante, une réflexion sur la justice du gouvernement, et une attention remarquable à l’éducation de tous, hommes et femmes.
Crédit image : Tombe d’Ousmane dan Fodio, Sokoto. J A Burdon, Wikimedia Commons, domaine public.
Oeuvres notables
Iḥyāʾ al-Sunna wa Ikhmād al-Bidʿa ; Bayān Wujūb al-Hijra ʿalā al-ʿIbād ; Kitāb al-Farq ; Nūr al-Albāb ; Uṣūl al-Dīn ; poèmes en peul et en haoussa