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Article Fiqh (jurisprudence) Travail

Que feriez-vous ? n° 2 : Les heures arrondies

TAHA ACADEMY

Un développeur indépendant facture au temps passé. Un collègue lui conseille d’arrondir chaque tâche à l’heure supérieure : « tout le monde fait ça ». A-t-il raison ? Un cas pratique avec ses éléments de réponse.


Bienvenue dans « Que feriez-vous ? », la série de TAHA ACADEMY qui met la foi à l’épreuve des situations réelles du monde du travail. Lisez la situation, prenez le temps d’y réfléchir, puis découvrez les éléments de réponse.

—— La situation ——

Moussa est développeur indépendant. Il facture ses clients au temps passé, à l’heure.

L’un de ses clients, très satisfait, ne vérifie jamais le détail des factures. Un ami, lui aussi indépendant, lui donne un conseil : « Arrondis chaque tâche à l’heure supérieure. Une correction de vingt minutes, tu factures une heure. Tout le monde fait ça, et le client a les moyens. »

Moussa a des charges, des mois difficiles, et l’argument est tentant.

—— Et vous, que feriez-vous ? ——

Prenez une minute avant de lire la suite. Que doit faire Moussa ?

—— Éléments de réponse ——

1. Facturer un temps non travaillé, c’est prendre le bien d’autrui

Allah dit : « Ô vous qui avez cru ! Ne mangez pas vos biens entre vous de façon illégitime, mais qu’il y ait du négoce par consentement mutuel » (sourate an-Nisāʾ, 4:29). Le client paie pour un temps de travail réel. Lui facturer quarante minutes qui n’ont pas existé, c’est prendre son argent sans contrepartie et sans son accord.

2. C’est une tromperie, même si le client ne vérifie pas

Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui trompe n’est pas des miens » (Muslim n° 102). La confiance du client, qui ne vérifie pas, ne rend pas la pratique permise : elle la rend plus grave, car c’est un dépôt (amāna) que l’on trahit. Le Prophète ﷺ a cité parmi les signes de l’hypocrite le fait de trahir quand on lui fait confiance (al-Bukhārī n° 33 ; Muslim n° 59).

3. « Tout le monde fait ça » n’est pas un argument

Une pratique répandue n’en devient pas licite. Le croyant est jugé sur ses propres actes, et non sur ceux des autres. Le fait que le client « ait les moyens » ne change rien non plus : son argent lui appartient, quelle que soit sa richesse.

4. Ce qui est permis : la transparence

Rien n’interdit à Moussa de facturer par tranches (par exemple au quart d’heure ou à la demi-heure entamée), de fixer un minimum par intervention ou de proposer des forfaits, à condition que ce mode de calcul soit annoncé clairement et accepté par le client à l’avance. Ce qui est interdit, ce n’est pas l’arrondi, c’est l’arrondi caché.

5. Et s’il l’a déjà fait ?

Le repentir sincère efface la faute envers Allah. Mais lorsqu’un droit d’autrui est en jeu, le repentir suppose aussi de réparer : rembourser le trop-perçu, d’une manière qui convient (par exemple en le déduisant des prochaines factures), ou obtenir le pardon du client.

6. La vraie solution : valoriser son travail honnêtement

Si Moussa estime être mal payé, la solution licite est d’augmenter son tarif horaire, de proposer des forfaits ou de mieux expliquer la valeur de son travail. Un client qui découvre une facture honnête et un travail de qualité est un client qui revient, et qui recommande.

—— À retenir ——

On ne facture que ce qui a été réellement fait, ou ce qui a été clairement convenu. La confiance d’un client est un dépôt : plus il nous fait confiance, plus nous lui devons d’honnêteté.

Cet article donne des repères généraux. Pour une situation précise, consultez un savant qualifié.

Pour aller plus loin : les fiches « Le gain licite » et « Les contrats : engagements, promesses et délais » de la série Foi & travail, dans la bibliothèque.