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Fiqh (jurisprudence) Prière
La prosternation de l’oubli (sujūd as-sahw) selon l’école mālikite : avant ou après le salām ?
TAHA ACADEMY
La prosternation de l’oubli selon al-Akhḍarī : manque ou ajout, doute, tashahhud oublié, derrière l’imam. Avec les hadiths et leurs références.
Qui n’a jamais oublié, en pleine prière, s’il avait fait trois ou quatre unités, ou ne s’est jamais relevé sans s’asseoir pour le premier tashahhud ? Pour ces situations, la Loi a prévu la prosternation de l’oubli (sujūd as-sahw) : deux prosternations qui réparent la prière. Cet article l’explique selon l’école mālikite, en suivant le texte d’al-Akhḍarī, le petit manuel étudié dans les daaras du Sénégal et de toute l’Afrique de l’Ouest.
—— 1. Son statut ——
Al-Akhḍarī commence par ces mots : « La prosternation de l’oubli dans la prière est une sunna. » Elle consiste en deux prosternations, faites soit avant la salutation finale (as-salām), soit après, selon le cas.
—— 2. La règle de base : avant ou après le salām ? ——
C’est le cœur du chapitre, et il se retient facilement :
• Pour un manque (nuqṣān) : deux prosternations AVANT le salām. On les fait après avoir terminé le tashahhud, puis on refait un tashahhud et on salue.
• Pour un ajout (ziyāda) : deux prosternations APRÈS le salām. On fait un tashahhud après elles, puis on salue une seconde fois.
• Pour un manque et un ajout dans la même prière : AVANT le salām (le manque l’emporte).
Les mālikites appellent la première sujūd qablī (« d’avant ») et la seconde sujūd baʿdī (« d’après »).
—— 3. Ce qui demande une prosternation, et ce qui n’en demande pas ——
Al-Akhḍarī distingue trois sortes d’actes de la prière :
• Une obligation (farīḍa) oubliée, comme une inclinaison ou une prosternation : la prosternation de l’oubli ne la remplace pas. Il faut accomplir l’acte oublié (voir plus bas).
• Les actes méritoires (faḍāʾil) : leur oubli n’entraîne aucune prosternation.
• Les sunnas : la prosternation d’avant le salām n’est due que pour l’oubli de deux sunnas ou plus. Une seule sunna oubliée ne demande rien, sauf la récitation à voix basse ou à voix haute : celui qui récite à voix basse là où il fallait réciter à voix haute se prosterne avant le salām ; celui qui récite à voix haute là où il fallait réciter à voix basse se prosterne après.
—— 4. Les cas les plus fréquents ——
Voici, d’après al-Akhḍarī, les situations que tout fidèle rencontre un jour.
Le doute sur le nombre d’unités. « Celui qui doute de l’achèvement de sa prière accomplit ce dont il doute ; et le doute sur un manque vaut la certitude. » Celui qui hésite entre trois et quatre unités en compte donc trois, ajoute une unité, et se prosterne après le salām.
Le premier tashahhud oublié. Celui qui se lève après deux unités sans s’asseoir :
– s’il s’en rend compte avant d’avoir quitté le sol des mains et des genoux, il se rassoit, et ne se prosterne pas ;
– s’il les a quittés, il continue sans revenir, et se prosterne avant le salām.
Une unité ajoutée par oubli. Celui qui ajoute une ou deux unités se prosterne après le salām. Mais s’il ajoute autant d’unités que la prière en compte (par exemple quatre de plus pour une prière de quatre), sa prière est nulle.
Le salām donné trop tôt. Celui qui salue par oubli après deux unités complète sa prière et se prosterne après le salām. S’il oublie une prosternation d’avant le salām et ne s’en souvient qu’après avoir salué, il la fait si le temps écoulé est court. Si le temps est long ou s’il est sorti de la mosquée, elle tombe, et la prière n’est nulle que si l’oubli portait sur trois sunnas ou plus.
Les paroles dites par oubli. Celui qui parle par oubli se prosterne après le salām.
Une prosternation oubliée. Celui qui oublie une prosternation et s’en souvient une fois debout revient s’asseoir et la fait. S’il ne s’en souvient qu’après s’être relevé de l’inclinaison de l’unité suivante, il ne revient pas : il annule l’unité incomplète et en ajoute une autre à la fin.
La prosternation d’après oubliée. Elle se fait dès qu’on s’en souvient, « même après un an », dit al-Akhḍarī.
—— 5. Ce qui n’entraîne rien ——
Al-Akhḍarī énumère aussi des gestes et des erreurs sans conséquence : réciter une sourate dans les deux dernières unités, lire deux sourates dans une même unité ou passer d’une sourate à l’autre, faire un signe de la main ou de la tête, prier sur le Prophète ﷺ en entendant son nom, sourire, ou pleurer par recueillement. Le rire, en revanche, annule la prière, qu’il soit volontaire ou non.
—— 6. Le cas de la personne en proie au doute permanent ——
Pour celui qui doute sans cesse (al-muwaswas), al-Akhḍarī donne une règle différente : il chasse le doute de son cœur, ne refait pas ce dont il doute, mais se prosterne après le salām, que son doute porte sur un ajout ou sur un manque. Cette règle évite que le doute ne transforme chaque prière en épreuve.
—— 7. Derrière l’imam ——
L’oubli de celui qui prie derrière l’imam est porté par l’imam, sauf s’il s’agit d’une obligation manquée. Lorsque l’imam se trompe, on le lui signale en disant « subḥāna Llāh ». Celui qui arrive en retard et rattrape au moins une unité complète fait avec l’imam la prosternation d’avant le salām, mais retarde celle d’après jusqu’à la fin de sa propre prière.
—— 8. Les preuves dans la Sunna ——
L’école mālikite fonde la distinction « avant / après » sur plusieurs hadiths authentiques :
• Le Prophète ﷺ se leva après deux unités sans s’asseoir pour le tashahhud ; à la fin de la prière, il se prosterna deux fois avant le salām (hadith de ʿAbd Allāh ibn Buḥayna : al-Bukhārī, n° 1224-1225 ; Muslim, n° 570).
• Il salua par oubli après deux unités ; Dhū l-Yadayn le lui signala ; il compléta la prière, salua, puis se prosterna deux fois (hadith d’Abū Hurayra : al-Bukhārī, n° 1229 ; Muslim, n° 573).
• Il pria cinq unités ; on le lui signala après le salām ; il se prosterna alors deux fois (hadith de ʿAbd Allāh ibn Masʿūd : al-Bukhārī, n° 1226 ; Muslim, n° 572).
Le premier cas est un manque, réparé avant le salām ; les deux autres sont des ajouts, réparés après.
—— 9. Ce qui est moins sûr ——
• Les autres écoles ne retiennent pas la même règle. Selon Ibn Rushd (Bidāyat al-mujtahid), les shāfiʿites placent toujours la prosternation avant le salām, les ḥanafites toujours après ; Aḥmad suit les cas où le Prophète ﷺ s’est prosterné avant ou après, et place les autres avant. La raison : le Prophète ﷺ s’est prosterné tantôt avant (hadith d’Ibn Buḥayna), tantôt après (hadith de Dhū l-Yadayn). Les mālikites ont réuni les deux en distinguant le manque et l’ajout. Celui qui suit une autre école se réfère à ses propres manuels.
• Les cas rares (prières surérogatoires, cumul d’un oubli de l’imam et d’un oubli personnel, etc.) comportent de nombreux détails : al-Akhḍarī en traite plusieurs, mais pour une situation précise, on interroge un enseignant.
—— 10. Pour aller plus loin ——
Le texte complet d’al-Akhḍarī, avec sa traduction française :
→ Traduction du Mukhtaṣar al-Akhḍarī (fiqh mālikite) : taha-academy.com/bibliotheque/208
→ Fiche 5 · La prosternation de l’oubli : taha-academy.com/bibliotheque/19
→ Qui était al-Akhḍarī et pourquoi son Mukhtaṣar est-il enseigné au Sénégal ? taha-academy.com/bibliotheque/14
→ Comment faire la prière : la prière pas à pas : taha-academy.com/bibliotheque/177
—— Références ——
al-Akhḍarī, Matn al-Akhḍarī fī al-ʿibādāt, chapitre de la prosternation de l’oubli ; al-Bukhārī, aṣ-Ṣaḥīḥ ; Muslim, aṣ-Ṣaḥīḥ ; Ibn Rushd, Bidāyat al-mujtahid, chapitre de la prosternation de l’oubli. Textes consultés sur al-Maktaba ash-Shāmila.