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Les oubliés de la Sīra n° 1 : Julaybīb, le compagnon dont le Prophète ﷺ a dit « il est de moi »
TAHA ACADEMY
Pauvre, sans tribu connue et sans célébrité, Julaybīb est pourtant l’un des rares compagnons dont le Prophète ﷺ a dit : « Il est de moi et je suis de lui. » Son histoire, ses sources et ce qu’elle nous apprend aujourd’hui.
« Les oubliés de la Sīra » est la série de TAHA ACADEMY consacrée aux compagnons et compagnes du Prophète ﷺ dont on parle peu. Ils n’ont pas laissé de grands noms dans l’histoire, mais leur place auprès d’Allah et de Son Messager ﷺ était immense. Chaque portrait s’appuie sur des récits sourcés, et nous signalons honnêtement ce qui est moins sûr.
—— Qui était Julaybīb ? ——
Julaybīb est un compagnon de Médine. Son nom lui-même est un diminutif (de jilbāb, « grand vêtement ») : un simple surnom, plus qu’un nom. Les biographes ne connaissent ni le nom de son père ni sa tribu. Ibn ʿAbd al-Barr, dans son grand dictionnaire des compagnons (al-Istīʿāb), le présente simplement ainsi : « Julaybīb, sans filiation connue ».
Les récits le décrivent comme un homme pauvre, d’apparence modeste, sans famille pour le soutenir. Dans une société où la tribu et la lignée comptaient énormément, il n’avait rien de ce qui faisait la valeur d’un homme aux yeux des gens.
—— Un mariage que personne n’attendait ——
Le compagnon Abū Barza al-Aslamī rapporte que le Prophète ﷺ se rendit chez un homme des Anṣār pour lui demander la main de sa fille. L’homme accepta avec joie, pensant que le Prophète ﷺ la demandait pour lui-même. Le Prophète ﷺ précisa : « Ce n’est pas pour moi. C’est pour Julaybīb. »
Le père hésita et alla consulter la mère, qui refusa : « Julaybīb ? Non, par Allah, nous ne la marierons pas à lui. » La jeune fille, qui avait tout entendu, intervint alors : « Voulez-vous refuser au Messager d’Allah ﷺ ce qu’il vous demande ? Acceptez : il ne me laissera pas me perdre. » Ses parents acceptèrent.
Le Prophète ﷺ invoqua pour elle : « Ô Allah, déverse sur elle le bien abondamment, et ne rends pas sa vie pénible. » Abū Barza ajoute qu’il n’y eut pas, parmi les Anṣār, de veuve plus aisée qu’elle.
(Rapporté par l’imam Aḥmad dans son Musnad, et par Ibn Ḥibbān, avec une chaîne jugée authentique.)
—— « Il est de moi et je suis de lui » ——
Quelque temps plus tard, Julaybīb part avec le Prophète ﷺ dans une expédition. Après la bataille, le Prophète ﷺ demande à ses compagnons : « Voyez-vous quelqu’un qui manque ? » Ils citent plusieurs noms. Il repose la question, puis une troisième fois. Personne ne pense à Julaybīb.
Le Prophète ﷺ dit alors : « Mais moi, je ne vois pas Julaybīb. Cherchez-le. »
On le retrouve parmi les morts, à côté de sept ennemis qu’il avait tués avant de tomber. Le Prophète ﷺ vient se tenir près de lui et dit : « Il en a tué sept, puis ils l’ont tué. Il est de moi et je suis de lui. Il est de moi et je suis de lui. »
Puis le Prophète ﷺ le porte lui-même sur ses avant-bras : Julaybīb n’eut pas d’autre civière que les bras du Messager d’Allah ﷺ. On creusa sa tombe, et le Prophète ﷺ l’y déposa lui-même.
(Rapporté par Muslim, dans le chapitre des mérites des compagnons, d’après Abū Barza al-Aslamī.)
—— Ce qui est sûr et ce qui l’est moins ——
Le récit de sa mort, de la recherche du Prophète ﷺ et de la parole « Il est de moi et je suis de lui » est authentique : il se trouve dans le Ṣaḥīḥ de Muslim.
Le récit du mariage est rapporté par Aḥmad et Ibn Ḥibbān avec une chaîne jugée authentique par de nombreux spécialistes. Certaines versions ajoutent que la jeune fille récita le verset : « Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son Messager ont décidé d’une chose, d’avoir encore le choix dans leur décision » (al-Aḥzāb, 33:36) ; cette précision ne figure pas dans toutes les versions.
Le nom de la bataille où il est tombé n’est pas précisé dans le récit de Muslim.
—— Et pour nous, aujourd’hui ? ——
1. La valeur d’une personne n’est pas celle que les gens lui donnent. Julaybīb n’avait ni nom, ni tribu, ni fortune. Le Prophète ﷺ l’a pourtant associé à lui-même : « Il est de moi et je suis de lui. »
2. Remarquer celui que personne ne remarque. Les compagnons ont cité d’autres noms ; le Prophète ﷺ, lui, a pensé à Julaybīb. Dans une classe, une équipe, une mosquée ou une famille, qui sont les « Julaybīb » que l’on oublie ?
3. Le Prophète ﷺ ne s’est pas contenté de consoler Julaybīb par des paroles : il lui a cherché une épouse, il a fait le déplacement, il a invoqué pour sa famille. Prendre soin des isolés, c’est agir concrètement.
4. La confiance de la jeune femme a été récompensée. Elle a choisi ce que le Prophète ﷺ lui proposait plutôt que l’avis des gens, et Allah a béni sa vie.
—— Pour aller plus loin ——
L’histoire de la communauté de Médine, de ses compagnons connus et moins connus, est racontée dans les manuels « La Sīra pour aujourd’hui » de TAHA ACADEMY, disponibles gratuitement dans la Bibliothèque, et bientôt réunis en un seul volume aux Éditions TAHA ACADEMY.
Prochain portrait dans « Les oubliés de la Sīra » : la femme qui balayait la mosquée.