Retour à la bibliothèque
Les oubliés de la Sīra n° 3 : Zāhir ibn Ḥarām, le bédouin que le Prophète ﷺ serra dans ses bras
TAHA ACADEMY
Un bédouin au physique ingrat, des produits du désert, et une plaisanterie du Prophète ﷺ au marché : « Qui m’achète cet esclave ? » L’histoire de Zāhir, celui qui se croyait « invendable ».
« Les oubliés de la Sīra » est la série de TAHA ACADEMY consacrée aux compagnons et compagnes du Prophète ﷺ dont on parle peu. Ils n’ont pas laissé de grands noms dans l’histoire, mais leur place auprès d’Allah et de Son Messager ﷺ était immense. Chaque portrait s’appuie sur des récits sourcés, et nous signalons honnêtement ce qui est moins sûr.
—— Qui était Zāhir ? ——
Zāhir ibn Ḥarām était un bédouin de la tribu d’Ashjaʿ. Quand il venait à Médine, il apportait au Prophète ﷺ des produits du désert en cadeau ; et quand il repartait, le Prophète ﷺ lui préparait à son tour des provisions pour le voyage.
Le Prophète ﷺ disait de lui : « Zāhir est notre désert, et nous sommes sa ville. » Il l’aimait beaucoup. Anas ibn Mālik, qui rapporte l’histoire, précise que Zāhir avait un physique ingrat.
—— « Qui m’achète cet esclave ? » ——
Un jour, Zāhir vendait ses marchandises au marché. Le Prophète ﷺ arriva derrière lui sans qu’il le voie, et le serra dans ses bras. Zāhir s’écria : « Lâche-moi ! Qui est-ce ? » Puis il se retourna, reconnut le Prophète ﷺ, et se mit à coller son dos contre sa poitrine.
Le Prophète ﷺ lança alors en riant : « Qui m’achète cet esclave ? »
Zāhir répondit : « Ô Messager d’Allah, par Allah, tu me trouveras invendable ! »
Le Prophète ﷺ lui dit : « Mais auprès d’Allah, tu n’es pas invendable. » Dans une autre version : « Auprès d’Allah, tu as une grande valeur. »
(Rapporté par Aḥmad, par at-Tirmidhī dans ash-Shamāʾil et par Ibn Ḥibbān, d’après Anas ibn Mālik, avec une chaîne jugée authentique.)
—— Une plaisanterie qui dit vrai ——
Le Prophète ﷺ plaisantait, mais il ne disait que la vérité. Il l’a lui-même précisé : « Je plaisante, mais je ne dis que la vérité » (at-Tirmidhī). Ici aussi : tout être humain est le serviteur (ʿabd) d’Allah. Le mot « esclave » était donc vrai dans son sens profond, et la conclusion l’était encore plus : la valeur de Zāhir auprès d’Allah n’avait rien à voir avec son apparence.
—— Ce qui est sûr et ce qui l’est moins ——
Le récit est rapporté par Aḥmad, at-Tirmidhī (dans ash-Shamāʾil) et Ibn Ḥibbān avec une chaîne jugée authentique par plusieurs spécialistes. On sait peu de choses sur la suite de la vie de Zāhir : les biographes le mentionnent parmi les compagnons d’Ashjaʿ, sans plus de détails sûrs.
—— Et pour nous, aujourd’hui ? ——
1. Le regard des gens n’est pas celui d’Allah. Zāhir pensait ne rien valoir ; le Prophète ﷺ lui a rappelé sa valeur auprès d’Allah.
2. L’humour qui fait du bien. Le Prophète ﷺ savait faire rire, avec tendresse et sans mensonge. Une plaisanterie peut relever quelqu’un, à condition de rester vraie et respectueuse.
3. Une amitié dans les deux sens. Zāhir apportait ses cadeaux, le Prophète ﷺ lui rendait la pareille. Les relations durables se nourrissent de petits gestes réciproques.
4. Montrer son affection. Le Prophète ﷺ n’a pas eu honte de serrer dans ses bras, en plein marché, un bédouin modeste.
—— Pour aller plus loin ——
L’histoire du Prophète ﷺ et de ses compagnons est racontée dans les manuels « La Sīra pour aujourd’hui » de TAHA ACADEMY, disponibles gratuitement dans la Bibliothèque, et bientôt réunis en un seul volume aux Éditions TAHA ACADEMY.
Prochain portrait dans « Les oubliés de la Sīra » : Rabīʿa ibn Kaʿb, le jeune serviteur qui demanda le Paradis.