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Les oubliés de la Sīra n° 5 : Thumāma ibn Uthāl, l’ennemi attaché dans la mosquée
TAHA ACADEMY
Un chef ennemi capturé, attaché trois jours à une colonne de la mosquée, puis libéré sans condition. Il revient de lui-même : « Ton visage est devenu le visage que j’aime le plus. »
« Les oubliés de la Sīra » est la série de TAHA ACADEMY consacrée aux compagnons et compagnes du Prophète ﷺ dont on parle peu. Ils n’ont pas laissé de grands noms dans l’histoire, mais leur place auprès d’Allah et de Son Messager ﷺ était immense. Chaque portrait s’appuie sur des récits sourcés, et nous signalons honnêtement ce qui est moins sûr.
—— Qui était Thumāma ? ——
Thumāma ibn Uthāl était un chef de la tribu des Banū Ḥanīfa, dans la région du Yamāma, au centre de l’Arabie. Cette région fournissait une grande partie des céréales de La Mecque. Thumāma était un ennemi déclaré de l’islam.
—— Trois jours dans la mosquée ——
Un groupe de cavaliers envoyé par le Prophète ﷺ vers le Najd le captura et le ramena à Médine. On l’attacha à l’une des colonnes de la mosquée.
Le Prophète ﷺ vint le voir et lui demanda : « Qu’as-tu à dire, Thumāma ? » Il répondit : « J’ai du bien à dire, ô Muḥammad. Si tu me tues, tu tues un homme dont le sang sera vengé. Si tu fais grâce, tu fais grâce à un homme reconnaissant. Et si tu veux de l’argent, demande ce que tu veux. »
Le lendemain, puis le surlendemain, la même question et la même réponse. Pendant ces trois jours, Thumāma vit la vie de la mosquée : les prières, l’enseignement, la façon dont la communauté vivait.
Le troisième jour, le Prophète ﷺ dit simplement : « Libérez Thumāma. »
—— « Le visage que j’aime le plus » ——
Thumāma partit vers une palmeraie proche de la mosquée, fit sa grande ablution, puis revint et prononça l’attestation de foi. Il dit : « Ô Muḥammad, par Allah, il n’y avait pas sur terre de visage plus détesté par moi que le tien ; et ton visage est devenu le visage que j’aime le plus. Il n’y avait pas de religion plus détestée par moi que la tienne ; elle est devenue la religion que j’aime le plus. Il n’y avait pas de ville plus détestée par moi que la tienne ; elle est devenue la ville que j’aime le plus. »
Il partit ensuite accomplir la ʿumra. À La Mecque, quelqu’un lui reprocha d’avoir changé de religion. Il répondit : « Non, mais je suis devenu musulman avec Muḥammad ﷺ. Et par Allah, pas un grain de blé ne vous viendra du Yamāma tant que le Prophète ﷺ ne l’aura pas permis. »
(Rapporté par al-Bukhārī et Muslim, d’après Abū Hurayra.)
—— Ce qui est sûr et ce qui l’est moins ——
Le récit de sa capture, de sa libération et de sa conversion est authentique (al-Bukhārī et Muslim). Les historiens rapportent aussi qu’après la mort du Prophète ﷺ, lorsque beaucoup de Banū Ḥanīfa suivirent le faux prophète Musaylima, Thumāma resta ferme dans l’islam et appela les siens à faire de même ; ces détails viennent des livres d’histoire et sont moins sûrs.
—— Et pour nous, aujourd’hui ? ——
1. L’exemple convainc plus que la contrainte. Thumāma n’a pas été forcé : il a été libéré, puis il est revenu de lui-même.
2. Laisser du temps. Trois jours, la même question, sans pression. Les changements profonds prennent du temps.
3. Le pardon désarme. Le Prophète ﷺ avait toutes les raisons de le punir ; il a choisi la grâce, et un ennemi est devenu un allié.
4. Les cœurs changent. Celui que tu considères aujourd’hui comme un adversaire peut devenir demain un frère.
—— Pour aller plus loin ——
L’histoire du Prophète ﷺ et de ses compagnons est racontée dans les manuels « La Sīra pour aujourd’hui » de TAHA ACADEMY, disponibles gratuitement dans la Bibliothèque, et bientôt réunis en un seul volume aux Éditions TAHA ACADEMY.
Prochain portrait dans « Les oubliés de la Sīra » : Khubayb ibn ʿAdī, le prisonnier aux raisins.