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Les oubliés de la Sīra n° 6 : Khubayb ibn ʿAdī, le prisonnier aux raisins
TAHA ACADEMY
Prisonnier à La Mecque, enchaîné, il mangeait des raisins alors qu’il n’y en avait nulle part. Il eut un enfant de ses ennemis à sa merci et ne lui fit aucun mal. Puis il demanda à prier deux rakʿa.
« Les oubliés de la Sīra » est la série de TAHA ACADEMY consacrée aux compagnons et compagnes du Prophète ﷺ dont on parle peu. Ils n’ont pas laissé de grands noms dans l’histoire, mais leur place auprès d’Allah et de Son Messager ﷺ était immense. Chaque portrait s’appuie sur des récits sourcés, et nous signalons honnêtement ce qui est moins sûr.
—— Qui était Khubayb ? ——
Khubayb ibn ʿAdī était un compagnon des Anṣār, de la tribu des Aws. Vers l’an 4 de l’Hégire, il fit partie d’un petit groupe de dix compagnons envoyés en éclaireurs par le Prophète ﷺ, sous la conduite de ʿĀṣim ibn Thābit.
—— La trahison ——
En chemin, le groupe fut encerclé par près de deux cents hommes de la tribu des Banū Liḥyān. La plupart des compagnons furent tués. Khubayb et un autre compagnon furent faits prisonniers et vendus à La Mecque.
Khubayb fut acheté par les fils d’al-Ḥārith ibn ʿĀmir qui, selon ce récit, avait été tué par Khubayb à la bataille de Badr. Ils le gardèrent enchaîné chez eux en attendant de le mettre à mort.
—— Les raisins et l’enfant ——
La fille d’al-Ḥārith raconta plus tard : « Je n’ai jamais vu de prisonnier meilleur que Khubayb. Je l’ai trouvé un jour en train de manger une grappe de raisin, alors qu’il était enchaîné et qu’il n’y avait aucun fruit à La Mecque à ce moment-là. C’était une subsistance qu’Allah lui accordait. »
Elle raconta aussi qu’il lui avait emprunté un rasoir pour se préparer. Pendant un moment d’inattention, son petit garçon s’approcha de lui. Elle le trouva assis sur la cuisse de Khubayb, qui tenait le rasoir à la main. Elle fut terrifiée. Khubayb lui dit : « As-tu peur que je le tue ? Je ne ferai pas cela. »
—— Deux rakʿa ——
Quand ils le sortirent du territoire sacré pour l’exécuter, Khubayb leur demanda : « Laissez-moi prier deux rakʿa. » Après les avoir accomplies, il dit : « Si vous ne deviez pas penser que j’ai peur de la mort, je les aurais prolongées. »
Puis il récita des vers restés célèbres :
« Peu m’importe, lorsque je suis tué musulman, de quel côté je tombe pour Allah.
Cela est pour Allah, et s’Il le veut, Il bénira les membres d’un corps déchiré. »
Abū Hurayra précise que Khubayb fut le premier à établir la tradition de prier deux rakʿa pour celui qui est mis à mort en captivité.
(Rapporté par al-Bukhārī, d’après Abū Hurayra.)
—— Ce qui est sûr et ce qui l’est moins ——
L’essentiel du récit, de la trahison aux deux rakʿa, est authentique (al-Bukhārī). Les historiens ajoutent d’autres détails sur son exécution (le lieu, at-Tanʿīm, et les paroles échangées avec ses bourreaux) qui sont moins sûrs.
—— Et pour nous, aujourd’hui ? ——
1. L’intégrité jusqu’au bout. Khubayb avait l’enfant de ses ennemis à sa merci, et ne s’est pas vengé sur un innocent. Ses ennemis eux-mêmes ont témoigné de sa droiture.
2. Allah n’abandonne pas les siens. Enchaîné, loin de tout, Khubayb recevait une subsistance qu’Allah lui accordait.
3. La prière comme refuge. Dans le moment le plus difficile, sa dernière demande a été de prier.
4. La dignité dans l’épreuve : il a abrégé sa prière pour que personne ne pense qu’il avait peur de la mort.
—— Pour aller plus loin ——
L’histoire du Prophète ﷺ et de ses compagnons est racontée dans les manuels « La Sīra pour aujourd’hui » de TAHA ACADEMY, disponibles gratuitement dans la Bibliothèque, et bientôt réunis en un seul volume aux Éditions TAHA ACADEMY.
Prochain portrait dans « Les oubliés de la Sīra » : ʿAmr ibn al-Jamūḥ, le boiteux qui voulait marcher au Paradis.