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Les oubliés de la Sīra n° 7 : ʿAmr ibn al-Jamūḥ, le boiteux qui voulait marcher au Paradis
TAHA ACADEMY
Âgé, très boiteux, dispensé de combattre, il voulait pourtant « fouler le Paradis avec cette jambe ». Le portrait d’un chef généreux de Médine, tombé à Uḥud.
« Les oubliés de la Sīra » est la série de TAHA ACADEMY consacrée aux compagnons et compagnes du Prophète ﷺ dont on parle peu. Ils n’ont pas laissé de grands noms dans l’histoire, mais leur place auprès d’Allah et de Son Messager ﷺ était immense. Chaque portrait s’appuie sur des récits sourcés, et nous signalons honnêtement ce qui est moins sûr.
—— Qui était ʿAmr ibn al-Jamūḥ ? ——
ʿAmr ibn al-Jamūḥ était l’un des chefs de la tribu des Banū Salima, à Médine. C’était un homme âgé, qui boitait fortement. Il embrassa l’islam après l’arrivée de l’islam à Médine, alors que ses fils, dont Muʿādh, étaient déjà musulmans.
—— « Votre chef, c’est ʿAmr » ——
Le Prophète ﷺ demanda un jour aux Banū Salima : « Qui est votre chef ? » Ils répondirent : « Al-Jadd ibn Qays, bien que nous le trouvions avare. » Le Prophète ﷺ dit : « Quelle maladie est pire que l’avarice ? Votre chef, c’est ʿAmr ibn al-Jamūḥ. » ʿAmr était connu pour sa générosité : il offrait le repas de noces (walīma) du Prophète ﷺ lorsque celui-ci se mariait.
(Rapporté par al-Bukhārī dans al-Adab al-mufrad, avec une chaîne jugée authentique.)
—— « Marcherai-je avec cette jambe au Paradis ? » ——
Le jour d’Uḥud, ʿAmr vint voir le Prophète ﷺ et lui demanda : « Si je combats dans le chemin d’Allah jusqu’à être tué, marcherai-je avec ma jambe guérie au Paradis ? » Il boitait fortement. Le Prophète ﷺ répondit : « Oui. »
ʿAmr fut tué ce jour-là, avec son neveu et un de ses affranchis. Le Prophète ﷺ passa près de lui et dit : « C’est comme si je te voyais marcher avec ta jambe guérie au Paradis. » Il ordonna qu’ils soient enterrés ensemble.
(Rapporté par Aḥmad, d’après Abū Qatāda, avec une chaîne jugée bonne.)
—— Ce qui est sûr et ce qui l’est moins ——
La parole du Prophète ﷺ sur sa jambe au Paradis est rapportée par Aḥmad avec une bonne chaîne ; celle sur sa générosité et son statut de chef se trouve dans al-Adab al-mufrad. Ibn Isḥāq ajoute que ses fils voulaient le retenir parce qu’il était dispensé de combattre, et que le Prophète ﷺ leur dit de le laisser partir ; il raconte aussi qu’avant l’islam, ʿAmr gardait chez lui une idole que les jeunes musulmans de sa tribu jetaient la nuit dans une fosse, jusqu’à ce qu’il comprenne qu’elle ne pouvait même pas se défendre. Ces récits d’Ibn Isḥāq sont célèbres, mais moins sûrs.
—— Et pour nous, aujourd’hui ? ——
1. Un handicap n’empêche pas les grandes ambitions. ʿAmr était dispensé ; il a voulu donner quand même ce qu’il pouvait.
2. Penser à l’au-delà avec espoir. Sa question était simple et touchante : sa jambe guérie au Paradis. Les épreuves d’ici-bas ne sont pas définitives.
3. La générosité fait le vrai leader. Le Prophète ﷺ a désigné comme chef le plus généreux, pas celui qui avait le plus d’influence.
4. Il n’est jamais trop tard. ʿAmr est venu à l’islam âgé, après ses enfants, et il a laissé un nom parmi les meilleurs.
—— Pour aller plus loin ——
L’histoire du Prophète ﷺ et de ses compagnons est racontée dans les manuels « La Sīra pour aujourd’hui » de TAHA ACADEMY, disponibles gratuitement dans la Bibliothèque, et bientôt réunis en un seul volume aux Éditions TAHA ACADEMY.
Prochain portrait dans « Les oubliés de la Sīra » : Ḍimām ibn Thaʿlaba, le bédouin aux questions directes.